Écologie et numérique

Forum pour une Europe créative "Écologie et numérique : je t'aime moi non plus ?" 3/4

Après une première journée d’aperçu des chantiers qui s’ouvrent à nous pour arriver à un changement profond des pratiques dans une perspective de soutenabilité forte, nous abordons aujourd'hui l’outillage nécessaire à celle-ci, afin d'exercer une nouvelle capacité d’agir notamment dans nos métiers et activités professionnelles.

Quels sont les techniques et les arts de faire durer les choses, pour que le système-Terre reste vivant? (18’24’’)
David Pontille (22‘) (directeur de recherche au CNRS) nous parle de la société de la maintenance: aucune technologie n’existe d’elle-même, elle est toujours continuée par les gens qui s’occupent des choses et sont attachés à elles. Cette fragilité matérielle met en exergue la place des objets et des non-humains dans l’action des humains, car elle est la condition commune des êtres (vivants ou non). La théorie du care peut être le point de départ de la maintenance comme soin. Faire attention à la chose et se ménager soi-même en intervenant sur elle permet de créer une éthique située de la maintenance.

Duncan Evennou (57’50’’) (performer, metteur en scène) travaille autour de la question “sommes-nous entrés dans une nouvelle ère géologique ou pas?”
Suit une table-ronde autour de la notion de territoire (1h17’41’’): comment partir des conditions d’existence pour nous projeter vers une Terre habitable?

Malte Larsen (1h22’34’’) (scientifique) travaille sur les microorganismes, qui nous permettent de faire tout ce que l’on fait de manière invisible.Il enseigne comment utiliser un microscope, comment appréhender l’univers merveilleux du sol, car utiliser ces microorganismes permet d’utiliser moins d’engrais fertilisants, pour une agriculture saine et résiliente.

Vinciane Tricoire (1h28’10’’) (chargée d’études) expose l’indispensable redirection des activités économiques et politiques publiques qui implique de renoncer à certaines choses et par exemple de remettre en question le concept politique d’attractivité économique, pour exercer le concept de redirection à l’échelle des territoires.

Chloé Latour (1h37’31’’) (autrice, metteuse en scène) a développé les ateliers “Où atterrir?”, pour se représenter la zone critique (la fine couche d’atmosphère qui rend la vie possible sur Terre) autrement. Les ateliers amènent à des exercices de description du nouveau territoire sur lequel nous vivons, ce qui génère une nouvelle perception du territoire, une nouvelle puissance d’agir, et une nouvelle composition et alliances dans les actions et les choix collectifs qui peuvent s'articuler ensuite avec des doléances plus précises, dans le but de s’adresser à ceux dont on dépend et de formuler d’autres choix collectifs.

Maud Le Floch (1h46’25’’) (urbaniste, fondatrice de POLO Pôle des Arts Urbains) travaille à associer les mondes artistiques et culturels aux enjeux de transformation des territoires, d’urbanisme, de transition. Elle fait partie du parlement de Loire qui souhaite faire entendre des voix et des droits d’autres qu’humains, la voie à donner une personnalité juridique aux entités naturelles.

Ewen Chardronnet (1h53’20’’) (auteur, journaliste) étudie les relations entre arts, sciences et technologies. Il fait partie de la Soil Assembly, un projet de l’école d’art, design et technologie de Bangalore pour mettre en avant les questions d’enseignement de permaculture, de design territorial, d’agrotechnologie, de transition alimentaire dans les écoles d’art et de design.

Dernière table-ronde de la matinée autour des usages et activités culturelles à reconsidérer dans le cadre d’une sobriété choisie.

Ilaria Brambilla (2h25’13’’) (chercheuse, géographe) pose la question du soin et de l’économie d’un point de vue féministe. C’est à qui d’être sobre? L’idée de sobriété est à séparer entre sobriété matérielle et une abondance d’imaginaire, à favoriser. Il faut reconstruire et réimaginer des économies qui prennent en considération les complicités, les marginalités, la planète également au niveau local.

Pour Pascal Lenormand (2h31’55’’) (ingénieur énergéticien, auteur et artiste), il faut poser autrement l’enjeu de la sobriété, ne pas prendre comme objectif premier la réduction des consommations de ressources, mais plutôt, être plus intelligent dans la fourniture du bien-être, ensuite la réduction est une conséquence.

Claire Antoine (2h35’49’’) (ingénieure) propose la notion de convivialité à la place de la notion de sobriété, insistant sur l’importance d’une plus grande qualité dans les relations. C’est la nécessaire écologie sociale, qui est toutefois difficile à mettre en place dans le cadre du modèle économique et de société actuel.

Pour Anaïs Massola (2h42’07’’) (présidente de l’association Écologie du livre), dans le cadre de l’industrie du livre, il y a 3 axes de bascule: la fabrication, le social et la question symbolique (questions de bibliodiversité). Il faut d’une part davantage de transparence dans la question du partage de la valeur, il y a d’autre part le fait que pour une filiale économiquement fragile, on n'arrive pas à s’arrêter de produire, il faut créer des systèmes à la marge. Enfin le rapport symbolique au livre est à interroger: Que fabrique-t-on à produire des livres, à les vendre?

Dominique Leroy (2h45’52’’) (artiste sonore) travaille sur les modalités d’agencement entre vie, production et art. Dans sa pratique sur un territoire rural, il vit concrètement les interdépendances qui se construisent entre ces pôles sur un microterritoire (et non comme souvent dans les grandes villes et autour des institutions culturelles).

Les Communs